Suisse: À eux dix, ils représentent 12% du coût des médicaments en Suisse

Leur prix suscite une grosse polémique, mais les anticancéreux ne sont pas les seuls médicaments à faire grimper les coûts de la santé. Des traitements contre la dégénérescence maculaire (maladie des yeux), la polyarthrite rhumatoïde ou encore l’ulcère grèvent aussi la facture finale. SantéSuisse, l’une des organisations faîtières des assureurs maladie, nous a fourni la liste des dix médicaments prescrits dans le secteur ambulatoire qui, en 2017, ont coûté le plus cher à l’assurance de base.

Cet inventaire montre des Suisses qui ont mal à l’estomac, du cholestérol et des soucis aux yeux en vieillissant. Il dit aussi beaucoup de notre système de santé et des pistes pour réaliser des économies. À eux dix, les médicaments qui y figurent ont engendré un chiffre d’affaires de quelque 836 millions de francs, en 2017, sur un total de 6,753 milliards pour l’ensemble des médicaments prescrits en ambulatoire et remboursés par l’assurance de base, soit un peu plus de 12% du total. Trois éléments peuvent jouer un rôle dans la facture: le prix à l’unité, la fréquence de la prescription et la durée du traitement.

Reprenons la liste dans les détails. Sept des médicaments qui y figurent sont encore protégés par un brevet. «Dans ce cas, il n’y a pas de possibilités de faire des économies en recourant à des génériques», explique Olivier Bugnon, pharmacien chef au Centre universitaire de médecine générale et santé publique à Lausanne (Unisanté). Il remarque aussi que la majorité des traitements mentionnés s’adressent à des patients souffrant de maladies chroniques. Ce qui est logique, puisqu’on dénombrerait 2,2 millions de patients chroniques en Suisse, pour environ 80% des coûts totaux de santé. Finalement, six produits sont issus de la biotechnologie. Ces traitements fabriqués par génie génétique sont innovants, mais cela a un prix. En 2017, ils représentaient environ 22% de l’ensemble du marché, selon Interpharma – avec une forte présence en rhumatologie, en oncologie et en ophtalmologie.

Thierry Buclin, médecin-chef du service de pharmacologie clinique au CHUV, précise qu’il y a «un roulement constant de ce hit-parade»: des médicaments voient leurs coûts culminer durant quelques années, puis redescendre parce qu’ils sont moins prescrits ou que leur prix baisse, et surtout parce qu’ils sont supplantés par des nouveautés encore plus chères. Il apporte d’autres nuances: «Les médicaments en vente libre n’apparaissent pas dans le classement, qui est également influencé par la manière dont on décide de regrouper les produits.» «Si l’on regardait les volumes consommés, le paracétamol apparaîtrait probablement dans cette liste», confirme Olivier Bugnon.

Cœur, vaisseaux, cerveau

Le Xarelto est un anticoagulant prescrit en cas de trouble du rythme, de risque de thrombose ou d’embolie. Selon SantéSuisse, son chiffre d’affaires a fortement augmenté ces dernières années car les indications se sont étendues. «Quand le volume augmente ainsi, les prix devraient être baissés, plaide son porte-parole, Christophe Kaempf. Les producteurs peuvent proposer de telles réductions, mais si ce principe était obligatoire, cela permettrait de réaliser d’importantes économies.» François Mach, médecin-chef du service de cardiologie des HUG, souligne toutefois que le xarelto appartient à une nouvelle génération d’anticoagulants qui ne nécessitent pas un suivi comme leurs prédécesseurs, sont plus efficaces et ont moins d’effets secondaires. Le médecin conclut que ces avantages permettent aussi des économies.

L’Atorvastatin est employé contre le cholestérol. Selon SantéSuisse, il y a des indices qu’il est trop souvent proposé. Selon François Mach, il est possible que les statines soient trop prescrites à titre préventif, «car les médecins de premier recours ne sont pas suffisamment rémunérés pour faire de la prévention et encourager leurs patients à bouger plus, manger moins et arrêter de fumer». Il précise que les statines n’ont pas d’effets secondaires dangereux.

Comme le pantoprazole, l’atorvastatin est un générique. Selon SantéSuisse, la présence de ces deux pilules dans ce classement illustre le fait que les génériques coûtent trop cher en Suisse (52% de plus qu’à l’étranger). Le ministre de la Santé, Alain Berset, a proposé l’an dernier une modification législative visant à réduire la facture des traitements contenant des substances actives dont le brevet est échu.

Articultions

L’Humira, le Remicade, l’Enbrel et le Simponi sont destinés à soigner certaines maladies inflammatoires touchant souvent de jeunes patients, telles que la polyarthrite rhumatoïde. «Ils appartiennent à une famille de cinq médicaments qui ont révolutionné la rhumatologie dans les années 2000, comme la cortisone dans les années 50», s’enthousiasme Pierre-Alain Buchard, chef de service à la Clinique de réadaptation romande à Sion. Il s’agit de biomédicaments. Leur prix a baissé depuis leur apparition, mais il reste élevé. «Environ 1,5% de la population est concernée par ces traitements dont le coût se situe entre 10 000 et 20 000 francs par an», estime Pierre-Alain Buchard. Ce spécialiste propose en général d’essayer de stopper progressivement le traitement après un an de rémission complète. Mais, précise-t-il, plus de la moitié des patients ne peuvent pas l’arrêter.

Yeux

Utilisés contre la dégénérescence maculaire (DMLA), l’Eylea et le Lucentis sont promis à un bel avenir dans notre société vieillissante. «Ils changent la vie de patients souvent âgés, en leur permettant de garder une certaine vision et donc une autonomie, souligne Michel Matter, ophtalmologue et vice-président de la FMH. Mais ils coûtent très cher (un peu plus de 1000 francs la dose) et le traitement doit être répété.» Un autre médicament permettrait d’agir contre la DMLA. Il s’agit d’un anticancéreux, l’Avastin. «En l’utilisant, on pourrait facilement réduire les coûts par dix. Mais son fabricant ne l’a pas homologué pour le traitement de la DMLA et les assurances ne remboursent généralement pas cet usage.» Michel Matter parle de «cauchemar» en évoquant les «économies substantielles qui auraient pu être réalisées depuis dix ans» et critique «l’inaction politique tellement criarde dans ce dossier».

Moelle osseuse, ganglions lymphatiques

Le Revlimid permet de traiter des cancers qui touchent la moelle osseuse ou les ganglions lymphatiques. «Il est utilisé contre trois maladies relativement rares. Mais en additionnant les pathologies, elles représentent davantage de patients», commente Michel Duchosal, chef du Service d’hématologie au CHUV. Ce traitement, qui doit être répété, ne permet pas de guérir mais de vivre plus longtemps. Tout cela augmente le nombre de traitements.

Solange Peters, cheffe du service d’oncologie médicale au CHUV, est étonnée de ne pas trouver d’autres anticancéreux dans notre liste. «J’imagine que si nous répétons le même inventaire dans les prochaines années, d’autres vont apparaître, compte tenu de leur prix élevé.» Pour mémoire, le traitement du cancer est en plein bouleversement. Les entreprises pharmaceutiques justifient les tarifs des nouvelles substances par la recherche, mais cet argument fait débat. «Les pharmas ont l’exclusivité tant que ces traitements sont protégés par des brevets. Et elles en tirent un maximum de profits», dit Thierry Buclin.

Estomac, œsophage

Utilisé contre les ulcères et les reflux gastriques, le Pantoprazole est un médicament générique. Le professeur Jean-Michel Gaspoz, spécialiste en médecine interne à la clinique genevoise des Grangettes, souligne qu’il est beaucoup prescrit et sur le long terme. La Société suisse de médecine interne générale et l’Association Smarter Medicine recommandent de revoir régulièrement l’indication de ce traitement et d’utiliser la plus faible dose efficace. Il appartient à une famille de médicaments, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), qui peuvent produire à terme des effets secondaires et qui augmentent avec la dose. On peut mentionner, entre autres l’ostéoporose, des bronchopneumonies d’aspiration et des carences en vitamine B12. Pourquoi le conseil de l’utiliser avec parcimonie n’est-il pas suivi? «Selon un sondage, près de 80% des médecins jugent cette recommandation juste, mais environ 40% la suivent. Cela est dû au fait que les patients ne veulent pas les arrêter, même temporairement, parce qu’ils ne veulent pas risquer une récidive de leurs symptômes», répond Jean-Michel Gaspoz. Il estime donc qu’il faut «casser le mythe de l’innocuité de ces médicaments». (Жексенбі күні таңертең)

Құрылды: 16.03.2019, 23х00

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